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Aristote
384-322 av. j.-c.
Texte 1
C'est en effet par l'étonnement que les humains, maintenant aussi bien qu'au début, commencent à philosopher, d'abord en s'étonnant de ce qu'il y avait d'étrange dans les choses banales, puis, quand ils avançaient peu à peu dans cette voie, [15] en s'interrogeant aussi sur des sujets plus importants, par exemple sur les changements de la Lune, sur ceux du Soleil et des constellations et sur la naissance du Tout. Or celui qui est en difficulté et qui s'étonne se juge ignorant (c'est pourquoi celui qui aime les mythes est d'une certaine façon philosophe, car le mythe se compose de choses étonnantes) ; par conséquent, s'il est vrai [20] qu'ils ont philosophé pour échapper à l'ignorance, ils cherchaient manifestement à avoir la science pour savoir et non en vue de quelque utilité. En témoigne le cours même des événements, car on disposait de presque tout ce qui est nécessaire à la vie et de ce qui la rend facile et agréable quand on a commencé la recherche d'une sagesse de cette sorte. À l'évidence donc, [25] nous ne la recherchons pour aucun autre profit, mais, de même que l'humain qui a sa fin en lui-même et non en un autre, à ce que nous disons, est libre, de même nous la recherchons dans l'idée qu'elle est la seule science libre, car cette science est la seule à avoir sa fin en elle-même.
C'est pourquoi on pourrait à juste titre juger que sa possession n'est pas humaine (de bien des façons en effet la nature humaine est esclave, [30] ce qui faisait dire à Simonide que « seul un dieu peut posséder ce privilège ») et que, pour l'homme, il ne vaut pas la peine de rechercher la science qui est à sa mesure.
Aristote, Métaphysique, Livre Α (Alpha), chap. II, 982b 10-30,
traduction Marie-Paule Duminil et Annick Jaulin, GF-Flammarion 2008.