Sommaire

La philosophie en terminale et au bac :
Les textes réglementaires

Les textes réglementaires sont rarement considérés comme une littérature palpitante, ce qu'on peut comprendre. Pourtant, ces textes contiennent des indications précieuses, et détaillées, sur ce qui est attendu des professeurs, durant l'année et lorsqu'ils deviennent correcteurs ; et sur ce qui est attendu des élèves, durant l'année et lorsqu'ils deviennent candidats.

L'enseignement de la philosophie en terminale générale et l'épreuve écrite du baccalauréat sont encadrés par des textes réglementaires, au nombre de deux, parus au Bulletin officiel de l'Éducation nationale (BOEN).

  • Le programme : Bulletin officiel spécial n°8 du 25 juillet 2019
  • L'épreuve : Bulletin officiel spécial n° 2 du 13 février 2020

 À noter : φ' ne s'occupe pour l'instant que de la philosophie dans la voie générale. Mais le programme et l'épreuve de la voie technologique sont désormais très proches (avec 7 notions au lieu de 17, compte tenu de l'horaire plus restreint). Pour la voie technologique, on peut consulter le programme et la définition de l'épreuve .

J"accompagne la présentation des listes que comporte le programme de quelques remarques rapides sur leur fonction dans l'année et au bac.

Les perspectives Les perspectives

« Trois perspectives sont retenues :
— L'existence humaine et la culture
— La morale et la politique
— La connaissance

Ces trois perspectives orientent vers des problèmes constamment présents dans la tradition philosophique, qu'un enseignement initial de la philosophie ne saurait ignorer. Elles ont une triple fonction :
- elles déterminent et donc limitent les sujets qui peuvent être donnés au baccalauréat, parce qu'ils engagent directement les problèmes fondamentaux qu'elles ouvrent ;
- elles déterminent et donc limitent la liste des notions qu'il convient de retenir pour que ces perspectives soient effectivement éclairées par leur étude et par l'examen des problèmes qu'elles soulèvent ;
- elles invitent les professeurs à les prendre en compte dans l'étude des notions et des œuvres, sans contraindre leur liberté pédagogique.

Ces perspectives ne s'ajoutent donc pas aux notions : elles définissent le cadre dans lequel elles peuvent donner lieu à des sujets de baccalauréat et orientent ainsi, sans le contraindre, le traitement des notions par les professeurs et leurs élèves. »

Les notions Les notions

« Le programme propose à l'étude dix-sept notions :
— L'art
— Le bonheur
— La conscience
— Le devoir
— L'État
— L'inconscient
— La justice
— Le langage
— La liberté
— La nature
— La raison
— La religion
— La science
— La technique
— Le temps
— Le travail
— La vérité

La présentation des notions […] ne se réduit pas à une liste d'objets d'étude distincts et invite donc à ne pas traiter chaque notion comme un chapitre séparé des autres, sans toutefois imposer à l'avance au professeur une démarche philosophique dont il est seul responsable. Le programme garantit ainsi la liberté pédagogique du professeur de philosophie.

Les notions n'indiquent pas des parcours qui seraient déterminés à l'avance, pas davantage un ordre correspondant aux chapitres successifs d'un cours, qui relève de la responsabilité du professeur. Leur détermination et leur mise en relation dépendent des questions et problèmes travaillés, ainsi que des itinéraires réflexifs proposés par le professeur. Il faut et il suffit que, durant l'année scolaire, elles soient toutes examinées dans leurs dimensions essentielles. »

Les repères Les repères

« L'examen des notions et l'étude des œuvres sont précisés et enrichis par des repères que le professeur sollicite dans la conduite de son enseignement. Explicitement formulés afin que les élèves se les approprient, les repères ne font en aucun cas l'objet d'un enseignement séparé ni ne constituent des parties de cours.

Les repères prennent la forme de distinctions lexicales et conceptuelles qui, bien comprises, soutiennent la réflexion que l'élève construit pour traiter un problème. Leur caractère opératoire et leur usage ajusté à des situations déterminées d'étude et d'analyse interdisent de les réduire à des définitions figées.

Les repères les plus fréquemment sollicités et les plus formateurs sont indiqués ci-dessous par ordre alphabétique.
— Absolu/relatif
— Abstrait/concret
— En acte/en puissance
— Analyse/synthèse
— Concept/image/métaphore
— Contingent/nécessaire
— Croire/savoir
— Essentiel/accidentel
— Exemple/preuve
— Expliquer/comprendre
— En fait/en droit
— Formel/matériel
— Genre/espèce/individu
— Hypothèse/conséquence/conclusion
— Idéal/réel
— Identité/égalité/différence
— Impossible/possible
— Intuitif/discursif
— Légal/légitime
— Médiat/immédiat
— Objectif/subjectif/intersubjectif
— Obligation/contrainte
— Origine/fondement
— Persuader/convaincre
— Principe/cause/fin
— Public/privé
— Ressemblance/analogie
— Théorie/pratique
— Transcendant/immanent
— Universel/général/particulier/singulier
— Vrai/probable/certain. »

Les auteurs Quelques remarques sur les perspectives, les notions et les repères

La différence entre perspectives, notions et repères ne saute pas aux yeux. On pourrait très bien considérer que chacun des termes définissant les perspectives constitue aussi une notion, et parler des notions d'existence, d'homme, de culture, de morale, de politique, de connaissance ; on pourrait dire la même chose des repères, et parler par exemple de la notion d'absolu, ou de la notion d'intuition avec le couple intuitif/discursif. Réciproquement, on pourrait aussi envisager que nature et culture constituent une distinction conceptuelle, Nature/culture, ayant toute sa place dans les repères. Et on aurait parfaitement raison dans les deux cas !

À quoi servent donc ces listes, et le titre qui leur est donné ?

Il faut bien avoir à l'esprit que le cœur du programme, c'est la liste de notions. C'est elle qui décide des sujets qui peuvent être donnés au bac. C'est pourquoi, dans la base de données des sujets de bac (dissertations et explications de texte ), j'indique à quelle notion ils se réfèrent, alors que cette indication ne figure pas dans les sujets eux-mêmes.

Autrement dit,

  • il peut y avoir des sujets portant directement sur la notion d'art, parce que cette notion fait partie des « notions » du programme, par exemple « L'art est-il accessible à tout le monde ? »
  • Il ne devrait pas y avoir de sujets portant directement sur la culture (comme par exemple « La culture n'est-elle qu'une seconde nature ? », donné en 2003, avant la réforme) ;
  • Mais un sujet sur l'art peut parfaitement interroger sa place dans l'existence humaine (« L'art nous aide-t-il à vivre ? »), ou bien dans la connaissance (« L'art nous apprend-il quelque chose ? ») .

C'est pourquoi les perspectives sont importantes, bien qu'elles ne soient pas « au programme ». Elles « orientent » la réflexion sur une notion dans telle ou telle direction. C'est pourquoi, bien qu'elles ne soient pas au programme au sens qu'on vient de voir, il ne faut surtout pas les négliger. Elles permettent de saisir concrètement que la liste des notions n'est pas une liste de connaissances qu'il suffirait d'apprendre et de restituer : elle circonscrit un ensemble de problèmes offerts à la réflexion, pour lesquels aucune solution n'est d'avance fixée.

On peut d'ailleurs remarquer au passage que la perspective l'existence humaine et la culture englobe en quelque sorte les deux autres, et même la totalité des notions : toutes, y compris et surtout la notion de nature, conduisent par un côté ou l'autre à questionner l'existence humaine.

Quant à la liste des repères, elle propose, non une liste exhaustive, mais une sélection de distinctions conceptuelles fréquentes et formatrices. De fait, un part importante de toute démarche philosophique consiste à se demander s'il ne faudrait pas distinguer ce qu'on a l'habitude de confondre, en sorte que les problèmes nés de cette confusion pourrait recevoir une solution. Ainsi, pour ne prendre qu'un seul exemple dans cette longue liste, on peut donner à croire et à savoir le même sens, tenir pour vrai, sans chercher davantage. Mais croire que la Terre tourne autour du soleil parce qu'on nous l'a dit, est-ce vraiment le savoir ? Ou faudrait-il soutenir que tout savoir, même le mieux établi, comme un théorème mathématique, n'est après tout qu'one croyance ? On voit que ces distinctions, loin d'être figées, n'ont de sens que dans le cadre d'une réflexion.

 À noter : Sur cette distinction et sur les autres repères du programme, on lira avec profit le livre aussi remarquable que clair de Jean-Michel Muglioni, Repères philosophiques. Comment s'orienter dans la pensée ?, Ellipses poche, 2026.

Concernant la liste des notions, il faut enfin remarquer qu'elle est présentée par ordre alphabétique. Il va de soi que les notions commençant par A, comme l'art, ne sont ni plus importantes, ni plus faciles, que les notions commençant par V, comme la vérité, et qu'elles devraient être abordées avant les autres ! Et il ne s'agit pas non plus de traiter les notions comme des chapitres sans aucun rapport les uns avec les autres, comme le feraient les articles successifs d'un dictionnaire. Cette présentation indique au contraire qu'un professeur de philosophie doit élaborer un cours qui, au total, aborde l'ensemble des notions, selon les différentes perspectives, mais d'une manière qui relève de son choix.

Cela veut dire qu'un problème philosophique pourra conduire à aborder ensemble certaines notions, comme par exemple, l'État et la justice, pour examiner la question posée par un sujet de bac : « Revient-il à l'État de décider de ce qui est juste ? ». Mais il arrive aussi qu'une même notion soit abordée à différents moments du cours, en fonction de différents problèmes. Par exemple, toujours en référence à des sujets de bac, à propos de la liberté humaine : « La création artistique est-elle totalement libre ? » ; ou à propos de la connaissance : « L'art peut-il nous apprendre à voir le monde autrement ? »

Les auteurs Les auteurs

La liste des auteurs est particulièrement impressionnante : plus de 80 noms d'auteurs, sans compter les présocratiques ! On se demande comment leurs œuvres pourraient être étudiées, ou seulement même évoquées, sur une seule année.

« La liste des auteurs est organisée selon trois périodes : l'Antiquité et le Moyen Âge, la période moderne, la période contemporaine. »

« Les présocratiques ; Platon ; Aristote ; Zhuangzi ; Épicure ; Cicéron ; Lucrèce ; Sénèque ; Épictète ; Marc Aurèle ; Nāgārjuna ; Sextus Empiricus ; Plotin ; Augustin ; Avicenne ; Anselme ; Averroès ; Maïmonide ; Thomas d'Aquin ; Guillaume d'Occam.

N. Machiavel ; M. Montaigne (de) ; F. Bacon ; T. Hobbes ; R. Descartes ; B. Pascal ; J. Locke ; B. Spinoza ; N. Malebranche ; G. W. Leibniz ; G. Vico ; G. Berkeley ; Montesquieu ; D. Hume ; J.-J. Rousseau ; D. Diderot ; E. Condillac (de) ; A. Smith ; E. Kant ; J. Bentham.

G.W.H. Hegel ; A. Schopenhauer ; A. Comte ; A.- A. Cournot ; L. Feuerbach ; A. Tocqueville (de) ; J.-S. Mill ; S. Kierkegaard ; K. Marx ; F. Engels ; W. James ; F. Nietzsche ; S. Freud ; E. Durkheim ; H. Bergson ; E. Husserl ; M. Weber ; Alain ; M. Mauss ; B. Russell ; K. Jaspers ; G. Bachelard ; M. Heidegger ; L. Wittgenstein ; W. Benjamin ; K. Popper ; V. Jankélévitch ; H. Jonas ; R. Aron ; J.-P. Sartre ; H. Arendt ; E. Levinas ; S. de Beauvoir ; C. Lévi-Strauss ; M. Merleau-Ponty ; S. Weil ; J. Hersch ; P. Ricœur ; E. Anscombe ; I. Murdoch ; J. Rawls ; G. Simondon ; M. Foucault ; H. Putnam. »

En réalité, et heureusement, cette liste n'a que très peu d'importance : elle sert seulement à déterminer les auteurs dont une œuvre doit être étudiée de manière suivie durant l'année, ou dont un extrait peut être donné à expliquer dans le cadre du sujet d'explication de texte du baccalauréat (extrait dont la compréhension et l'explication ne supposent pas la connaissance de la doctrine de l'auteur). Bref, à la différence des listes précédentes, elle ne présente aucun intérêt pour les élèves et les futurs candidats : tous les auteurs présents dans la liste ne sont pas étudiés en classe, ni même évoqués ; et les cours peuvent se référer à des auteurs qui n'y figurent pas…

La distinction entre trois grandes « périodes » (Antiquité et Moyen Âge, période moderne, période contemporaine) est classique et pratique, mais doit être acceptée avec quelques précautions : Antiquité et Moyen Âge, pris ensemble sans nom de période, recouvrent, des premiers présocratiques au viie siècle av. j.-c. jusqu'à la mort de Guillaume d'Occam en 1347, pas loin de deux millénaires, alors que, de la naissance de Hegel en 1770 jusqu'à la mort de Putnam en 2016, on compte moins de trois siècles. Kant, mort en 1804, est moderne, alors que Hegel, né 34 ans plus tôt, est contemporain. Il est vrai qu'il faut bien couper quelque part…

Les exercices Les exercices

« Les apprentissages reposent toutefois sur deux formes majeures de composition : l'explication de texte et la dissertation.

L'explication de texte s'attache à dégager les enjeux philosophiques et la démarche propre d'un passage extrait de l'œuvre d'un des auteurs du programme. En se rendant attentif à la lettre de ce passage, l'élève explicite le problème posé ainsi que le rôle et le sens des propositions présentes et des concepts à l'œuvre dans le texte. Ce faisant, il en dégage l'organisation raisonnée, en s'attachant tant à son unité de sens qu'aux moments différenciés de l'argumentation.

La dissertation est l'étude méthodique et progressive d'un problème que l'analyse d'une question permet de construire. L'élève travaille à sa formulation explicite. Il développe, en vue de l'élaboration d'une réponse fondée à la question posée, une réflexion étayée par des analyses conceptuelles, des références et des exemples pertinents. Il met en œuvre une pensée propre, déployée en un discours continu dont il prend la pleine responsabilité. »

« Explication de texte et dissertation sont deux exercices complets qui reposent sur le respect d'exigences intellectuelles élémentaires : exprimer ses idées de manière simple et nuancée, faire un usage pertinent et justifié des termes qui ne sont pas couramment usités, indiquer les sens d'un mot et préciser celui que l'on retient pour construire un raisonnement, etc. Cependant, composer une explication de texte ou une dissertation ne consiste pas à se soumettre à des règles purement formelles. Il s'agit avant tout de développer un travail philosophique personnel et instruit des connaissances acquises par l'étude des notions et des œuvres. »

Programme de philosophie de terminale générale.

L'épreuve écrite L'épreuve écrite

« Il s'agit d'évaluer l'aptitude du candidat à :

— construire une réflexion dont le programme précise qu'elle n'est jamais séparable des connaissances (notions, auteurs, repères) et des savoir-faire acquis en classe de philosophie ;

— identifier, poser et formuler un problème lié à une ou à plusieurs notions du programme, relativement à une question posée (dissertation) ou à un texte proposé à l'étude (explication de texte) ;

— lire avec attention et expliquer avec précision un texte proposé à l'étude, et susceptible d'être progressivement intégré à un raisonnement et à une réflexion conduits par lui-même ;

— conduire un raisonnement de manière rigoureuse, en analysant et en élaborant les concepts mobilisés, en appréciant la valeur d'un argument et en discutant une thèse de manière pertinente, en rapport avec les notions du programme qu'elle met en jeu ;

— composer avec méthode un travail écrit : poser et formuler un problème, organiser sa réflexion en étapes différenciées en analysant les exemples, les termes ou les formulations qu'elle mobilise, enchaîner logiquement ses idées en établissant une transition entre elles, argumenter sur la base de raisons explicites, proposer et justifier une conclusion.

Ces aptitudes sont évaluées, non comme des éléments indépendants les uns des autres, mais dans leur ensemble au travers de la démarche de chaque candidat, confronté à une question ou à un texte philosophique singulier. »

Épreuve écrite de philosophie de la voie générale.

Puisqu'il s'agit, lors de l'épreuve écrite et quel que soit le sujet, de mener une réflexion et d'affronter un problème, il va de soi que, pendant l'année, l'étude des notions orientée par les perspectives, la mobilisation ds repères, l'étude de textes philosophiques supposent cette même démarche.

On trouvera des exemples détaillés de cette démarche dans deux parties du site φ' : le traitement d'un sujet complet, avec ses trois sujets au choix ; le cours de philosophie qui traite l'ensemble du programme.