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Aborder un sujet complet
Un exemple (26-PHGEME1)
Un « sujet » de bac complet comporte trois « sujets », trois énoncés parmi lesquels le candidat doit obligatoirement choisir celui qu'il va traiter : deux sujets de dissertation, et un sujet d'explication de texte. Cette rubrique prend comme exemple un sujet complet donné en 2026 : comment le choisir, l'analyser et le traiter.
Le sujet complet
« 26-PHGEME1 » : sujet complet donné en 2026 (26-), en philosophie (PH), en Métropole (ME) à la session normale de juin (1). Vous pouvez le consulter au format pdf ou en retrouver les énoncés dans les bases de données de sujets de φ'. Voici la consigne et les trois énoncés qu'il propose :
Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants
Sujet 1
Avons-nous la maîtrise de nos paroles ?
Sujet 2
Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ?
Sujet 3
Expliquer le texte suivant :
Les méthodes scientifiques sont une conquête de la recherche pour le moins aussi considérable que n'importe quel autre résultat : c'est en effet sur la compréhension de la méthode que repose l'esprit scientifique, et tous les résultats des sciences ne pourraient, si ces méthodes venaient à se perdre, empêcher un nouveau triomphe de la superstition et de l'absurdité. Les gens cultivés ont beau apprendre autant qu'ils veulent des résultats de la science, on s'aperçoit toujours à leur conversation, et particulièrement aux hypothèses qu'ils y proposent, que l'esprit scientifique leur fait défaut. Ils n'ont pas cette défiance instinctive contre les écarts de la pensée, qui, à la suite d'un long exercice, a pris racine dans l'esprit de tout homme de science. Il leur suffit de trouver sur un sujet une hypothèse quelconque, ils sont alors tout feu tout flamme pour elle et croient qu'ainsi tout est dit. Avoir une opinion signifie par là même chez eux : en devenir aussitôt fanatique et finalement la prendre à cœur comme une conviction. Ils s'échauffent, à propos d'une chose inexpliquée, pour la première idée qui leur passe en tête et qui ressemble à une explication. D'où résultent continuellement, notamment dans le domaine de la politique, les plus fâcheuses conséquences. C'est pourquoi chacun devrait de nos jours avoir appris à connaître au moins une science à fond ; alors il saura toujours ce que c'est qu'une méthode et combien est nécessaire la plus extrême prudence.
Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain (1878)
Le choix du sujet
Commençons par une évidence. Si trois sujets sont proposés « au choix » du candidat par le sujet complet, c'est que les trois sujets, quel que soit l'exercice, demandent la même chose : les mêmes démarches, les mêmes qualités, les mêmes compétences. Bref : aucun sujet ne dispense de faire de la philosophie.
Choisir un sujet parmi les trois proposés, ce n'est donc pas choisir celui qui plaît, (« j'aime bien le premier ») ; ni celui sur lequel on a quelque chose à dire, une opinion à exprimer (« je sais déjà ce que je vais répondre ») ; encore moins choisir d'avance l'un des deux exercices (« de toute façon, je prends le texte »). C'est choisir celui qui permettra le mieux de faire ce qui est demandé.
→ La première chose à considérer dans le choix du sujet, puis dans son traitement, c'est ce qui est demandé, quels que soient le sujet et le type de sujet.
Ce qui est demandé
Ce qui est demandé, chaque année, par chacun des trois sujets que propose chaque sujet complet est précisé par les textes réglementaires. C'est donc toujours la même chose. Je reprends les indications les plus importantes présentées par ailleurs dans la rubrique consacrée aux textes réglementaires, qu'il s'agisse des exercices ou de L'épreuve écrite :
« L'explication de texte s'attache à dégager les enjeux philosophiques et la démarche propre d'un passage extrait de l'œuvre d'un des auteurs du programme. En se rendant attentif à la lettre de ce passage, l'élève explicite le problème posé ainsi que le rôle et le sens des propositions présentes et des concepts à l'œuvre dans le texte. »
« La dissertation est l'étude méthodique et progressive d'un problème que l'analyse d'une question permet de construire. »
L'épreuve écrite permet d'évaluer « l'aptitude du candidat à :
— construire une réflexion dont le programme précise qu'elle n'est jamais séparable des connaissances (notions, auteurs, repères) et des savoir-faire acquis en classe de philosophie ;
— identifier, poser et formuler un problème lié à une ou à plusieurs notions du programme, relativement à une question posée (dissertation) ou à un texte proposé à l'étude (explication de texte). »
Soit, sous forme de tableau :
| Ce qui est toujours demandé |
— construire une réflexion, — identifier, poser et formuler un problème, |
|
| Ce qui est au choix du candidat | relativement à une question posée (dissertation). | relativement à un texte proposé à l'étude (explication de texte). |
→ Ce qui est demandé, dans tous les cas, quel que soit le sujet, la destination, l'année ou tout ce qu'on voudra, c'est construire une réflexion et examiner un problème. Il faut bien sûr préciser ce que cela veut dire de différent pour chacun des deux types de sujets, dissertation et explication de texte. Mais il faut surtout comprendre qu'aucun sujet ne dispense de cette démarche, et que choisir un sujet parce qu'on croit pouvoir le traiter « sans problème », comme on dit, est la pire idée qui puisse venir à l'esprit d'un candidat : c'est ne pas vouloir faire de philosophie pendant l'épreuve de philosophie. L'expérience et les notes, malheureusement, confirment que cela arrive assez fréquemment…
En fait, le choix du sujet fait partie de l'épreuve, et en constitue même un moment décisif. Un sujet trop lisse, qui semble appeler une réponse facile, est peut-être plus dangereux qu'un sujet qu'on trouve difficile, mais qui de ce fait confronte à un problème qu'il n'est pas possible d'esquiver. Un candidat devrait toujours choisir le sujet qui offre — pour lui — le plus de prise à la réflexion et à la détermination d'un problème.
Or le seul moyen de le savoir, et de choisir en connaissance de cause, c'est d'examiner chaque sujet pendant cinq à dix minutes, comme si on avait choisi de le traiter. Cela devrait suffire à déterminer le sujet qu'il vaudrait mieux choisir, d'abord parce qu'on voit quel problème il engage, mais aussi parce qu'on voit sur quelles références philosophiques et sur quels exemples (littéraires, artistiques, techniques, scientifiques, historiques, politiques, sportifs, etc.), et sur quelles leçons de l'année son traitement pourrait prendre appui.
C'est cet examen que je propose pour chacun des trois sujets… mais pas en cinq minutes : de façon détaillée, comme au ralenti, en m'attardant sur les références, les problèmes philosophiques classiques, les distinctions conceptuelles qui pourraient nourrir le traitement de ces sujets, qui auraient pu être abordées pendant une année de terminale, et que développe dans ses différents chapitres la rubrique Un cours de philosophie :
— Sujet 1 : « Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? »
— Sujet 2 : « Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? »
— Sujet 3 : explication d'un texte de Nietzsche (Humain, trop humain)